DU DECROCHAGE A LA PERSEVERANCE SCOLAIRE

Le « décrochage scolaire » peut-être définit comme un processus cumulatif plus ou moins long qui conduit un jeune en formation initiale à se détacher du système scolaire jusqu’à le quitter avant d’avoir obtenu un diplôme. Ce phénomène recouvre une grande diversité de situations : élèves sans affectation, élèves en rupture scolaire, phobie scolaire…

L’article D313-59 du code de l’éducation considère comme décrocheurs tous les jeunes de 16 ans et plus, scolarisés l’année précédente, qui ont quitté une formation de niveau V ou IV sans avoir obtenu le diplôme.

En 2015, environ 100 000 jeunes ont quitté le système éducatif sans diplôme ou sans autre diplôme que le DNB, soit 13% d’une génération. On observe une baisse ces dernières années puisque le nombre de jeunes sans diplôme était d’environ 120 000 par an entre 2008 et 2011, soit 16% d’une génération.[1]

Cependant, ce chiffre reste élevé et l’absence de qualification a des conséquences majeures sur l’insertion professionnelle et sur les conditions d’emploi. En effet, la dernière enquête du CEREQ auprès de la génération 2013 montre que les jeunes sortis sans diplôme en 2013, moins nombreux que ceux de la Génération 2010, ne voient pas leurs conditions d’insertion s’améliorer. Trois ans après leur entrée dans la vie active, leur taux de chômage avoisine les 50 % alors qu’il est de 10% pour les diplômés du supérieur long.

Dans l’académie d’Amiens, en novembre 2017 le système interministériel d’échange d’informations (SIEI) a dénombré 4560 jeunes non retrouvés après le croisement des bases de données, soit un taux de 7,35% de jeunes potentiellement décrocheurs parmi les jeunes de plus de 16 ans qui étaient scolarisés l’année précédente dans les établissements publics et privés de l’académie. Ce taux est en baisse par rapport à l’année précédente (-1,68 point).

Pour lutter efficacement contre ce phénomène, des actions de remédiation et de prévention sont développées dans tous les établissements scolaires. Il existe également une multitude d'actions innovantes au sein des établissements scolaires pour favoriser la persévérance scolaire et la réussite de tous (atelier coaching, classe orchestre, jardin pédagogique, salle zen, soutien à la parentalité, rencontre d'anciens élèves, bien-être à l'école, défis scientifiques, atelier estime de soi...). Ces actions sont présentées lors de la semaine de la persévérance scolaire.

Au sein de l’éducation nationale, ces actions sont pilotées et mises en place dans le cadre de la mission de lutte contre le décrochage scolaire (MLDS). Cette mission est partagée par l’ensemble des acteurs du système éducatif. Les enseignants chargés de coordination pédagogique et d’ingénierie de formation (ECPIF) affectés à cette mission ont un rôle de conseil, d’expertise et d’ingénierie auprès des équipes dans les établissements scolaires et les centres d’information et d’orientation (CIO).


La prévention du décrochage scolaire

Le GPDS (groupe de prévention du décrochage scolaire) est au cœur de la mission de lutte contre le décrochage scolaire dans les collèges et les lycées. Difficultés scolaires, sociales, comportementales, démotivation, absentéisme…, ce dispositif permanent de veille concertée assure le repérage et la prise en charge de tout jeune présentant des risques de rupture scolaire et de déscolarisation.

Piloté par le chef d’établissement, le GPDS est constitué de l’équipe de direction, de personnels pédagogiques et éducatifs, de représentants des services sociaux et de santé. Sa composition peut varier selon les caractéristiques et les situations à traiter. Chaque membre du GPDS, acteur de la communauté éducative de l’établissement, contribue à la compréhension de la situation des élèves pour les faire renouer avec les apprentissages et coordonner l’action éducative qui doit être menée. Ils allient leurs compétences et savoir-faire pour apporter une réponse individualisée aux difficultés rencontrées par chacun des jeunes.

Les prises en charge proposées aux élèves sont multiples et variées : suivi individualisé (entretiens, tutorat…), aménagement de parcours, stages, bancs d’essais, dispositifs spécifiques (dispositifs relais, actions MLDS, SAS de remotivation…), aide pédagogique (accompagnement personnalisé, aide aux devoirs, pédagogie individualisée, ROLL…), ateliers collectifs (estime de soi, orientation, théâtre, sport…), travail avec des partenaires extérieurs (CCAS, CMPP, Maison des adolescents, gendarmerie, mission locale…), etc.

Les actions de lutte contre le décrochage scolaire


Le rôle du centre d’information et d’orientation (CIO) en tant qu’observatoire des sorties sans qualification est essentiel. Chaque CIO constitue un site physique d’accueil de la plate-forme de suivi et d’appui aux décrocheurs.

>>> Le dispositif d’accueil et d’accompagnement

Le CIO recense tous les jeunes susceptibles d’être en situation de décrochage, en cours ou en fin d’année, et assure un suivi dans le cadre du dispositif d’accueil et d’accompagnement(DAA).

>>> Les sessions d’information et d’orientation

La prise en charge individualisée des jeunes peut être complétée par des sessions d’information et d’orientation (SIO) collectives. Celles-ci permettent d’accueillir les jeunes sans solution, de réaliser un bilan de leurs acquis et de les accompagner dans leurs choix d’orientation.

La prise en charge en établissement

 


Les établissements scolaires mettent en place diverses actions de remobilisation et de raccrochage coordonnées dans le cadre des réseaux « FOrmation QUALification Emploi » (FOQUALE).

>>> Pour les élèves scolarisés présentant des signes de décrochage il existe différents modules de remobilisation (parcours relais en LP, SAS de remotivation, ateliers expérimentaux en LP…).

>>> Pour les élèves déscolarisés, des dispositifs proposent un accompagnement vers un retour en formation (« Compétences+ », « Horizon réussite ») ou directement vers la qualification (Formation professionnelle aménagée (FPA), Module de re-préparation à l’examen en alternance (MOREA), Micro-lycées).

En 2016-2017, 741 jeunes ont été pris en charge en établissement dont 473 jeunes dans les actions « compétences + ». A l’issue des actions plus de 80% des jeunes ont une solution de formation ou d’insertion.

Lapersévérancescolaire

La persévérance scolaire est un concept qui vient du Canada. Ce terme fait souvent référence à la prévention du décrochage scolaire. Il met l’accent sur les éléments qui vont encourager l’élève à poursuivre son parcours scolaire et à obtenir un diplôme. Cette approche plus globale et moins stigmatisante met donc l’accent sur les facteurs de réussite scolaire. Elle s’appuie sur deux constats : d’une part, l’échec scolaire est un puissant facteur de décrochage scolaire et d’autre part, la dimension intégratrice de l’école limite le risque de sortie précoce du système éducatif. [2]

Au sein de l’institution scolaire, il peut ainsi s’agir d’améliorer le climat scolaire, d’adapter les pratiques pédagogiques ou encore de développer la coopération entre élèves, enseignants et famille.

Dans l’académie d’Amiens, la persévérance scolaire est une priorité. On retrouve en effet, cette notion dans deux des trois axes du projet académique 2018-2021 : « Axe 1 : Instaurer la confiance pour plus de persévérance et de réussite » et « Axe 2 : Insuffler ambition et persévérance pour des parcours de réussite ».

Depuis 3 ans, une semaine de la persévérance scolaire est organisée dans l’académie. Impulsée en 2014 par le plan ministériel « Tous ensemble pour vaincre le décrochage scolaire », la semaine de la persévérance scolaire met en lumière les actions quotidiennes qui favorisent la réussite de tous les élèves. Elle permet également de mobiliser la communauté pédagogique et éducative, les parents, les jeunes et les partenaires de l’éducation nationale autour de cette thématique. Lors des 3 dernières éditions plus d’une centaine d’actions a été présentée chaque année.



Source INSEE et DEPP à partir de l’enquête " Emploi " de l’INSEE pour le flux et source CEREQ à partir de l’enquête " Génération " pour le stock

P.Y. Bernard (2007), le décrochage scolaire, Paris, PUF.


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